top of page
Search

Fantasmes fantastiques

Dimanche, 7 septembre 2025

La librairie Joie de livres vend des œuvres de « romantasy », genre également appelé « romance spéculative » ou « romance de l’imaginaire »
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE La librairie Joie de livres vend des œuvres de « romantasy », genre également appelé « romance spéculative » ou « romance de l’imaginaire »

.

Rose-Aimée Automne T. Morin

« Est-ce que c’est important pour toi qu’il y ait des fées ou des dragons ? »

Mon amie, qui voulait lire un premier ouvrage érotique fantastique, a souri au libraire en haussant les épaules. « Euh, oui ? » Très bien, qu’il a répondu, avant de lui proposer une vaste sélection de romans. Moi, je l’observais, les yeux ronds. Je découvrais un genre littéraire dont je ne soupçonnais pas la popularité.

Sur le web, on parle de « romantasy », pour « romance » et « fantasy ». À la librairie Joie de livres, où la douce scène s’est déroulée, on emploie aussi les termes « romance spéculative » ou « romance de l’imaginaire ». Dans tous les cas, il s’agit de récits romantiques campés dans des mondes fantastiques. Les livres peuvent donc mettre en scène sorcières, fantômes, ogres, zombies, robots, vampires… Et ces œuvres trouvent un public enthousiaste.

Selon le Guardian, au Royaume-Uni, on a vu une hausse des ventes de 41,3 % de livres fantastiques, entre 2023 et 2024, un succès attribué au sous-genre de la « romantasy », qui fait fureur sur TikTok.

Mon amie était d’ailleurs loin d’être la seule à chercher un ouvrage de ce type, à la librairie Joie de livres. J’ai vu des femmes empoigner un roman en disant à leur copain : « C’est de lui que je te parlais ! » La section (parce que oui, il y a là une section complète de romance spéculative) grouillait de clientes.

Sylvie et Claire Trottier, copropriétaires de la librairie Joie de livres
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE Sylvie et Claire Trottier, copropriétaires de la librairie Joie de livres

Sylvie et Claire Trottier, copropriétaires de la librairie spécialisée dans les genres (aussi la première librairie bilingue dotée d’un restaurant et d’un bar, à Montréal), sont fières d’offrir un espace à des gens qui raffolent de récits souvent regardés de haut.

« La majorité de ces romans sont écrits par des femmes et la majorité du lectorat est composée de femmes », remarque Claire Trottier, en soulignant que ce ne serait pas la première fois qu’on sous-estime ce qui est associé au féminin.

Élise Poirier, qui vient de terminer sa maîtrise en bibliothéconomie, fait le parallèle avec Taylor Swift. C’est commun de croire que ce qui plaît aux jeunes femmes manque de profondeur… Pourtant, la romantasy n’a rien de léger.

Il y en a beaucoup qui disent ce n’est que de la porn, mais dans l’une des séries les plus populaires du genre – Un pays d’épines et de roses, de Sarah J. Maas –, l’érotisme doit compter pour 2 % des livres. C’est un bonus ajouté aux intrigues politiques et aux personnages féminins forts ! - Élise Poirier, titulaire d’une maîtrise en bibliothéconomie

C’est précisément cet aspect qui stimule Claire Trottier : « L’héroïne est complexe, ce n’est pas une jeune fille naïve. Il y a des guerres, des personnages qui meurent, des évènements déchirants, mais elle est capable de surmonter les défis et ça te permet de rêver. »


PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE La librairie Joie de livres offre des livres en anglais et en français
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE La librairie Joie de livres offre des livres en anglais et en français
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE  Le commerce est aussi doté d'un restaurant...
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE Le commerce est aussi doté d'un restaurant...
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE  ...et d'un bar.
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE ...et d'un bar.

Voire, de rêver sur le plan amoureux…

« L’imagination est un miroir, estime la doctorante en sexologie Cloé Canivet, qui a fait des recherches sur les fantasmes sexuels. C’est une réflexion importante de soi-même, de comment on se perçoit et de ce qu’on aimerait explorer. »

Puis, il se trouve que dans la romantasy, on est invité à penser le plaisir en toute connaissance de cause. Roxanne Bolduc, sexologue et professeure adjointe à l’Université Laval, souligne qu’en littérature, la romance est maintenant de plus en plus accompagnée de traumavertissements (« trigger warnings »). D’entrée de jeu, on avise le lectorat de la représentation de certains comportements sexuels.

La romantasy est d’ailleurs très codifiée. On peut trouver des ouvrages de type « porte fermée » dans lesquels on sait que les personnages ont eu un moment d’intimité, sans en connaître la nature précise, ou encore des récits « porte ouverte », avec une description quasi clinique des rapprochements. Les libraires et lectrices enthousiastes sur le web parlent même d’une échelle du « spicy ». On évalue à quel point les livres sont « épicés » sur une échelle de 1 à 5.

Ce faisant, on répond à certains besoins du lectorat.

Elsa Villeneuve a publié un mémoire sur l’usage de la pornographie écrite chez les femmes. Elle m’a expliqué que plusieurs répondantes lui ont dit aimer mieux les écrits parce qu’ils sont une solution de rechange aux vidéos qu’elles n’estiment « pas faites pour elles ».

Elles se sentent comprises et représentées dans ces récits, puis leur imaginaire est stimulé différemment, comme on est dans l’évolution des personnages, de leur relation et de leurs émotions. « C’est un espace pour explorer la sexualité qui est sécuritaire », résume l’étudiante au doctorat en sexologie.

Cloé Canivet ajoute une dimension à l’aspect sécuritaire de ces lectures : comme elles mettent en scène des mondes imaginaires, on peut s’échapper de ce que la chercheuse appelle « notre culpabilité féminine d’avoir des fantasmes et d’explorer sa sexualité ». Puisque les scénarios évoqués sont loin du réel, on ne se sent pas mal d’y plonger.

La librairie Joie de livres
PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE La librairie Joie de livres

Et qu’on opte pour des livres à la sexualité explicite ou dans lesquels un chaste baiser ne survient qu’au troisième tome, on peut profiter de ce monde loin du nôtre. Sylvie et Claire Trottier en savent quelque chose. Si elles ont cofondé la librairie Joie de livres, elles œuvrent aussi à la Fondation Familiale Trottier, qui contribue notamment à des initiatives pour atténuer les changements climatiques ou pour soutenir la population en quête de meilleurs soins de santé. La littérature fantastique est pour elles une échappatoire.

« Dans ces mondes imaginaires, il y a souvent une personne maléfique qui commande, mais l’héroïne – avec le pouvoir de l’amitié et de la magie – va réussir à défaire la société de cet oppresseur, explique Claire Trottier. C’est une allégorie ! Des choses terribles arrivent, mais les gens sont quand même capables de trouver des moments de joie et d’amour… »

Qui a dit que ça manquait de profondeur, déjà ?

 
 

5163 boul. Saint Laurent, Montréal, Québec

514-977-4359

  • Instagram
  • Bluesky app
  • Facebook
  • Linkedin
  • librofm

Opening hours

​Sunday: 9am to 9pm

Monday: 9am to 9pm

Tuesday: 9am to 9pm

Wednesday: 9am to 9pm

Thursday: 9am to 11pm

Friday: 9am to 11pm

Saturday: 9am to 11pm

Joie de livres is located on unceded Indigenous lands.

Montreal, also known as Tiohtià:ke, is the traditional territory of the Kanien’kehá:ka nation.     

Joie de livres logo
bottom of page